LE MATIN DES MAGICIENS

Préface

O DESPERTAR DOS MÁGICOS

Prefácio


Je suis d’une grande maladresse manuelle et le déplore. Je serais meilleur si mes mains savaient travailler. Des mains qui font quelque chose d’utile, plongent dans les profondeurs de l’être et y débondent une source de bonté et de paix. Mon beau-père (que j’appellerai ici mon père, car c’est lui qui m’a élevé) était ouvrier tailleur. C’était une âme puissante, un esprit réellement messager. Il disait parfois en souriant que la trahison des clercs avait commencé le jour où l’un d’eux représenta pour la première fois un ange avec des ailes : c’est avec les mains que l’on monte au ciel.

En dépit de cette maladresse, j’ai tout de même relié un livre. J’avais seize ans. J’étais élève au cours complémentaire de Juvisy, en banlieue pauvre. Le samedi après-midi, nous avions le choix entre le travail du bois, du fer, le modelage ou la reliure. Je lisais à cette époque les poètes, et surtout Rimbaud. Cependant, je me fis violence pour ne point relier
Une Saison en Enfer. Mon père possédait une trentaine de livres, rangés dans l’étroite armoire de son atelier, avec les bobines, les craies, les épaulettes et les patrons. Il y avait aussi, dans cette armoire, des milliers de notes prises d’une petite écriture appliquée, sur un coin de l’établi, pendant les innombrables nuits de labeur.

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Parmi ces livres, j’avais lu
Le Monde avant la Création de l’Homme, de Flammarion, et j’étais en train de découvrir Où va le Monde ? de Walter Rathenau. C’est l’ouvrage de Rathenau que je me mis à relier, non sans peine. Rathenau avait été la première victime des nazis, et nous étions en 1936. Dans le petit atelier du cours complémentaire, chaque samedi, je faisais du travail manuel pour l’amour de mon père et du monde ouvrier. Le premier mai, j’offris, avec un brin de muguet, le Rathenau cartonné.

Dans ce livre, mon père avait souligné au crayon rouge une longue phrase qui est toujours demeurée dans ma mémoire: "Même l’époque accablée est digne de respect, car elle est l’œuvre, non des hommes, mais de l’humanité, donc de la nature créatrice, qui peut être dure, mais n’est jamais absurde. Si l’époque que nous vivons est dure, nous avons d’autant plus le devoir de l’aimer, de la pénétrer de notre amour, jusqu’à ce que nous ayons déplacé les lourdes masses de matière dissimulant la lumière qui luit de l’autre côté." "Même l’époque accablée…" Mon père est mort en 1948, sans avoir jamais cessé de croire en la nature créatrice,

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sans avoir jamais cessé d’aimer et de pénétrer de son amour le monde douloureux dans lequel il vivait, sans avoir jamais cessé d’espérer voir luire la lumière derrière les lourdes masses de matière. Il appartenait à la génération des socialistes romantiques, qui avaient pour idoles Victor Hugo, Romain Rolland, Jean Jaurès, portaient de grands chapeaux, et gardaient une petite fleur bleue dans les plis du drapeau rouge. À la frontière de la mystique pure et de l’action sociale, mon père, attaché plus de quatorze heures par jour à son établi – et nous vivions au bord de la misère – conciliait un ardent syndicalisme et une recherche de libération intérieure. Dans les gestes très courts et humbles de son métier, il avait introduit une méthode de concentration et de purification de l’esprit sur laquelle il a laissé des centaines de pages. En faisant des boutonnières, en repassant des toiles, il avait une présence rayonnante. Le jeudi et le dimanche, mes camarades se réunissaient autour de son établi, pour l’écouter et sentir cette présence forte, et la plupart d’entre eux en eurent leur vie changée.

Plein de confiance dans le progrès et la science, croyant à l’avènement du prolétariat, il s’était bâti une puissante philosophie. Il avait eu une sorte d’illumination, à la lecture de l’ouvrage de Flammarion sur la préhistoire. Puis il avait lu, guidé par la passion, des livres de paléontologie, d’astronomie, de physique.

Sans préparation, il avait pourtant pénétré au cœur des sujets. Il parlait à peu près comme Teilhard de Chardin, que nous ignorions alors : « Ce que notre siècle va vivre est plus considérable que l’apparition du bouddhisme ! Il ne s’agit plus désormais de l’application faite à telle ou telle divinité, des facultés humaines. C’est la puissance religieuse de la terre qui subit en nous une crise définitive : celle de sa propre découverte. Nous commençons à comprendre, et c’est pour toujours, que la seule religion acceptable pour l’homme est celle qui lui apprendra d’abord à reconnaître, aimer et servir passionnément l’univers dont il est l’élément le plus important(1). » Il pensait que l’évolution ne se confond pas avec le transformisme, mais qu’elle est intégrale et ascendante, augmentant la densité psychique de notre planète, la préparant à prendre contact avec les intelligences des autres mondes, à se rapprocher de l’âme même du cosmos.

 

Pour lui, l’espèce humaine n’était pas achevée. Elle progresse vers un état de surconscience, à travers l’ascension de la vie collective et la lente création d’un psychisme unanime. Il disait que l'homme n'était pas encore parfait et sauvé, mais que les lois de condensation de l'énergie créatrice permettent de nourrir, à l'échelle du cosmos, une formidable espérance. Et il ne quittait pas des yeux cette espérance. C’est de là qu’il jugeait avec une sérénité et un dynamisme religieux les affaires de ce monde, allant chercher très loin, très haut, un optimisme et un courage immédiatement et réellement utilisables.

 

 

 

En 1948, la guerre venait de passer, et des menaces de batailles, atomiques cette fois, renaissaient. Pourtant, il considérait les inquiétudes et les douleurs présentes comme des négatifs d’une image magnifique. Il y avait un fil qui le reliait au destin spirituel de la Terre, et il projetait, sur l’époque accablée où il finissait sa vie de travailleur, malgré d’immenses chagrins intimes, beaucoup de confiance et beaucoup d’amour.
Il est mort dans mes bras, la nuit du 31 décembre, et il m’a dit, avant de fermer les yeux:
"Il ne faut pas trop compter sur Dieu, mais peut-être
que Dieu compte sur nous…"

Où en étais-je, à ce moment? J’avais vingt-huit ans. J’avais eu vingt ans en 1940, dans la débâcle. J’appartenais à une génération charnière qui avait vu s’écrouler un monde, était coupée du passé et doutait de l’avenir. Que l’époque accablée fût digne de respect et qu’il faille la pénétrer de notre amour, j’étais fort loin d’y croire. Il me semblait plutôt que la lucidité menait à
refuser de jouer à un jeu où tout le monde triche.

Durant la guerre, je m’étais réfugié dans l’hindouisme. C’était mon maquis. J’y vivais dans la résistance absolue. Ne cherchons pas le point d’appui dans l’histoire et parmi les hommes : il se dérobe sans cesse. Cherchons-le en nous-même. Soyons de ce monde comme si nous n’en étions pas. Rien ne me paraissait plus beau que l’oiseau plongeur de la
Bhagavad-Gîtâ, « qui plonge et remonte sans avoir mouillé ses plumes ». Les événements contre lesquels nous ne pouvons rien, me disais-je, faisons en sorte qu’ils ne puissent rien contre nous. Je siégeais au plafond, assis en lotus sur un nuage venu d’Orient. La nuit, mon père lisait en cachette mes livres de chevet pour essayer de comprendre ma singulière maladie qui m’éloignait tant de lui.

Plus tard, au lendemain de la Libération, je me donnai un maître à vivre et à penser. Je devins disciple de Gurdjieff. Je travaillai à me séparer de mes émotions, de mes sentiments, de mes élans, afin de trouver, au-delà, quelque chose d’immobile et de permanent, une présence muette, anonyme, transcendante, qui me consolerait de mon peu de réalité et de l’absurdité du monde. Je jugeais mon père avec
commisération. Je croyais posséder les secrets du gouvernement de l’esprit et de toute connaissance. En
fait, je ne possédais rien que l’illusion de posséder et un intense mépris pour ceux qui ne partageaient pas cette illusion.

Je désespérais mon père. Je me désespérais moimême. Je m’asséchais jusqu’à l’os dans une position de refus. Je lisais René Guénon. Je pensais que nous avions la disgrâce de vivre dans un monde radicalement perverti, et voué justement à l’apocalypse. Je faisais mien le discours de Cortès à la Chambre des députés de Madrid en 1849: "La cause de toutes vos erreurs, messieurs, c’est que vous ignorez la direction de la civilisation et du monde. Vous croyez que la civilisation et le monde progressent, ils rétrogradent!" Pour moi, l’âge moderne était l’âge noir. Je m’occupais à dénombrer les crimes de l’esprit moderne contre l’esprit. Depuis le XIIe siècle l’Occident, détaché des Principes, courait à sa perte. Nourrir quelque espérance, c’était s’allier au mal. Je dénonçais toute confiance comme une complicité. Il ne me restait d’ardeur que pour le refus, la rupture. Seules, dans ce monde déjà aux trois quarts englouti, où les prêtres, les savants, les politiciens, les sociologues et les organisateurs de toutes sortes m’apparaissaient comme des coprophages, les études traditionnelles et une résistance inconditionnelle au siècle étaient dignes d’estime.

Dans cet état, j’en venais à prendre mon père pour un primaire naïf. Son pouvoir d’adhésion, d’amour, de vision lointaine, m’irritait comme un ridicule. Je l’accusais d’en être resté aux enthousiasmes de l’Exposition de 1900. L’espoir qu’il plaçait dans une collectivisation grandissante, et dirigeait infiniment plus haut que le plan politique, excitait mon mépris. Je ne jurais que par les antiques théocraties. Einstein fondait un comité de désespoir des savants de l’atome, la menace d’une guerre totale planait sur l’humanité divisée en deux blocs. Mon père mourait sans avoir rien perdu de sa foi en l’avenir, et je ne le comprenais plus. Je n’évoquerai pas, dans cet ouvrage, les problèmes de classe. Ce n’est pas le lieu. Mais je sais bien que ces problèmes existent : ils ont mis en croix l’homme qui m’aimait. Je n’ai pas connu mon père de sang. Il appartenait à la vieille bourgeoisie gantoise. Ma mère comme mon second père étaient ouvriers, venaient d’ouvriers. Ce sont mes ancêtres flamands, jouisseurs, artistes, oisifs et orgueilleux, qui m’ont éloigné de la pensée généreuse, dynamique, qui m’ont fait me replier et méconnaître la vertu de participation. Depuis longtemps déjà, il y avait une herse entre mon père et moi. Lui qui n’avait pas voulu avoir d’autre enfant que ce fils d’un autre sang, par crainte de me léser, s’était sacrifié pour que je devienne un intellectuel. M’ayant tout donné, il avait

rêvé mon âme semblable à la sienne. À ses yeux, je devais devenir un phare, un homme capable d’éclairer les autres hommes, de leur apporter du courage et de l’espérance, de leur montrer, comme il disait, la lumière qui brille au bout de nous. Mais je ne voyais aucune sorte de lumière, sinon la lumière noire, en moi et au bout de l’humanité. Je n’étais qu’un clerc pareil à beaucoup d’autres. Je poussais jusqu’à leurs extrêmes conséquences ce sentiment d’exil, ce besoin de radicale révolte, que l’on exprimait dans les revues littéraires, aux environs de 1947, en parlant "d’inquiétude métaphysique", et qui furent le difficile héritage de ma génération. Dans ces conditions, comment être un phare? Cette idée, ce mot hugolien me faisaient sourire méchamment. Mon père me reprochait d’aller en me décomposant, d’être passé, comme il disait, du côté des privilégiés de la culture, des mandarins, des orgueilleux de leur impuissance.
La bombe atomique, alors qu’elle marquait pour moi le commencement de la fin des temps, était pour lui le signe d’un nouveau matin. La matière allait en se spiritualisant et l’homme découvrirait autour de lui et en lui-même des puissances jusqu’ici insoupçonnées. L’esprit bourgeois, pour qui la Terre est un lieu de séjour confortable dont il faut tirer le maximum, allait être balayé par l’esprit nouveau, l’esprit des ouvriers
de la Terre, pour qui le monde est une machine en marche, un organisme en devenir, une unité à faire, une Vérité à faire éclore. L’humanité n’était qu’au début de son évolution. Elle recevait les premiers renseignements sur la mission qui lui était assignée par l’Intelligence de l’Univers.

Nous commencions tout juste à savoir ce que c’est que l’amour du monde. Pour mon père, l’aventure humaine avait une direction. Il jugeait les événements selon qu’ils se situaient ou non dans cette direction. L’histoire avait un sens elle dérivait vers quelque forme d’ultra-humain, elle portait en elle la promesse d’une superconscience. Sa philosophie cosmique ne le séparait pas du siècle. Dans l’immédiat, ses adhésions étaient « progressistes ». Je m’en irritais, sans voir qu’il mettait infiniment plus de spiritualité dans son progressisme que je ne progressais dans ma spiritualité. Cependant, j’étouffais dans ma pensée close. Devant cet homme, je me sentais parfois un petit intellectuel aride et frileux, et il m’arrivait de désirer penser comme lui, respirer aussi largement que lui. Au coin de son établi, le soir, je poussais à fond la contradiction, je le provoquais, en souhaitant sourdement être confondu et changé. Mais, la fatigue aidant, il s’emportait contre moi, contre la destinée qui lui avait

donné une grande pensée sans lui accorder les moyens de la faire passer en ce fils au sang rebelle, et nous nous quittions dans la colère et la peine. J’allais retrouver mes méditations et mes livres désespérés. Il se penchait sur les étoffes et reprenait son aiguille, sous la lampe crue qui lui jaunissait les cheveux. De mon litcage, je l’entendais longuement souffler, gronder. Puis soudain, il se mettait à siffler entre ses dents, doucement, les premières mesures de l’Hymne à la Joie, de Beethoven, pour me dire de loin que l’amour retrouve toujours les siens. Je pense à lui presque chaque soir, à l’heure de nos anciennes disputes. J’entends ce souffle, ce grondement qui s’achevaient en chant, ce grand vent sublime évanoui. Douze ans qu’il est mort ! Et je vais avoir quarante ans. Si je l’avais compris de son vivant, j’aurais conduit plus adroitement mon intelligence et mon cœur. Je n’ai cessé de chercher. Maintenant, je me rallie à lui, après bien des quêtes souvent stérilisantes et de dangereuses errances. J’aurais pu, beaucoup plus tôt, concilier le goût de la vie intérieure et l’amour du monde en mouvement. J’aurais pu jeter plus tôt, et peut-être plus efficacement, quand mes forces étaient intactes, un pont entre la mystique et l’esprit moderne.

J’aurais pu me sentir à la fois religieux et solidaire du
grand élan de l’histoire. J’aurais pu avoir plus tôt la foi, la charité et l’espérance. Ce livre résume cinq années de recherches, dans tous les secteurs de la connaissance, aux frontières de la science et de la tradition. Je me suis lancé dans cette entreprise nettement au-dessus de mes moyens, parce que je n’en pouvais plus de refuser ce monde présent et à venir qui est pourtant le mien. Mais toute extrémité est éclairante. J’aurais pu trouver plus vite une voie de communication avec mon époque. Il se peut que je n’aie pas tout à fait perdu mon temps en allant jusqu’au bout de ma propre démarche. Il n’arrive pas aux hommes ce qu’ils méritent, mais ce qui leur ressemble. J’ai longtemps cherché, comme le souhaitait le Rimbaud de mon adolescence, "la Vérité dans une âme et un corps". Je n’y suis pas parvenu. Dans la poursuite de cette Vérité, j’ai perdu le contact avec des petites vérités qui eussent fait de moi, non certes le surhomme que j’appelais de mes vœux, mais un homme meilleur et plus unifié que je ne suis. Pourtant, j’ai appris, sur le comportement profond de l’esprit, sur les différents états possibles de la conscience, sur la mémoire et l’intuition, des choses précieuses que je n’eusse pas apprises ailleurs et qui devaient me permettre, plus tard, de comprendre ce qu’il y a de grandiose, d’essentiellement révolutionnaire à la pointe de l’esprit

moderne : l’interrogation sur la nature de la connaissance et le besoin pressant d’une sorte de transmutation de l’intelligence. Lorsque je sortis de ma niche de Yogi pour jeter un coup d’œil sur ce monde moderne que je connaissais
sans le connaître, j’en perçus d’emblée le merveilleux. Mon étude réactionnaire, qui avait été souvent pleine d’orgueil et de haine, avait été utile en ceci: elle m’avait empêché d’adhérer à ce monde par le mauvais côté: le vieux rationalisme du XIX
e siècle, le progressisme démagogique. Elle m’avait aussi empêché d’accepter ce monde comme une chose naturelle et simplement parce que c’était le mien, de l’accepter dans un état de conscience somnolente, ainsi que font la plupart des gens. Les yeux rafraîchis par ce long séjour hors de mon temps, je vis ce monde aussi riche en fantastique réel que le monde de la tradition l’était pour moi en fantastique supposé. Mieux encore : ce que j’apprenais du siècle modifiait en l’approfondissant ma connaissance de l’esprit ancien. Je vis les choses anciennes avec des yeux neufs, et mes yeux étaient neufs aussi pour voir les choses nouvelles. Je rencontrai Jacques Bergier (je dirai comment tout à l’heure) alors que je finissais d’écrire mon ouvrage

sur la famille d’esprits réunie autour de M. Gurdjieff. Cette rencontre, que je n’attribue pas au hasard, fut déterminante. Je venais de consacrer deux années à décrire une école ésotérique et ma propre aventure. Mais une autre aventure commençait à ce moment pour moi. C’est ce que je crus utile de dire en prenant congé de mes lecteurs. On voudra bien me pardonner de me citer moi-même, sachant que je ne suis guère soucieux d’attirer l’attention sur ma littérature: d’autres choses me tiennent au cœur. J’inventai la fable du singe et de la calebasse. Les indigènes, pour capturer la bêtevivante, fixent à un cocotier une calebasse contenant des cacahuètes. Le singe accourt, glisse la main, s’empare des cacahuètes, ferme le poing. Alors il ne peut plus retirer sa main. Ce qu’il a saisi le retient prisonnier. Sortant de l’école Gurdjieff, j’écrivis: "Il faut palper, examiner les fruits-pièges, puis se retirer en souplesse. Une certaine curiosité satisfaite, il convient de reporter souplement l’attention sur le monde où nous sommes, de regagner notre liberté et notre lucidité, de reprendre notre route sur la terre des hommes à laquelle nous appartenons. Ce qui importe, c’est de voir dans quelle mesure la démarche  essentielle de la pensée dite traditionnelle rejoint le mouvement de la pensée contemporaine. La physique, la biologie, les mathématiques, à leur extrême pointe, recoupent aujourd’hui certaines données de

l’ésotérisme, rejoignent certaines visions du cosmos, des rapports de l’énergie et de la matière, qui sont des visions ancestrales. Les sciences d’aujourd’hui, si on les aborde sans conformisme scientifique, entretenir un dialogue avec les antiques mages, alchimistes, thaumaturges. Une révolution s’opère sous nos yeux, et c’est un remariage inespéré de la raison, au sommet de ses conquêtes, avec l’intuition spirituelle. Pour les observateurs vraiment attentifs, les problèmes qui se posent à l’intelligence contemporaine ne sont plus des problèmes de progrès. Il y a déjà quelques années que la notion de progrès est morte. Ce sont des problèmes de changement d’état, des problèmes de transmutation. En ce sens, les hommes penchés sur les réalités de l’expérience intérieure vont dans le sens de l’avenir et donnent solidement la main aux savants d’avant-garde qui préparent l’avènement d’un monde sans commune
mesure avec le monde de lourde transition dans lequel nous vivons encore pour quelques heures. » C’est exactement le propos qui sera développé dans ce gros livre-ci. Il faut donc, me disais-je avant de l’entreprendre, projeter son intelligence très loin en arrière et très loin en avant pour comprendre le présent. Je m’aperçus que les gens qui sont simplement « modernes », et que je n’aimais pas, naguère, j’avais raison de ne pas les aimer. Seulement, je les

 

condamnais à tort. En réalité, ils sont condamnables parce que leur esprit n’occupe qu’une trop petite fraction du temps. À peine sont-ils, qu’ils sontanachroniques. Ce qu’il faut être, pour être présent, c’est contemporain du futur. Et le lointain passé peut être perçu lui-même comme un ressac du futur. Dès lors, quand je me mis à interroger le présent, j’en reçus des réponses pleines d’étrangetés et de promesses.
James Blish, écrivain américain, dit à la gloire d’Einstein que ce dernier « a avalé Newton vivant ». Admirable formule ! Si notre pensée s’élève vers une plus haute vision de la vie, c’est vivantes qu’elle doit avoir absorbé les vérités du plan inférieur. Telle est la certitude que j’ai acquise au cours de mes recherches. Cela peut paraître banal, mais quand on a vécu sur des pensées qui prétendaient occuper les sommets, comme la sagesse guénonienne et le système Gurdjieff, et qui tenaient en ignorance ou en mépris la plupart des réalités sociales et scientifiques, cette nouvelle façon de juger change la direction et les appétits de l’esprit. « Les choses basses, disait déjà Platon, doivent se retrouver dans les choses hautes, quoique dans un autre état. » J’ai maintenant la conviction que toute philosophie supérieure en laquelle ne continuent pas de vivre les réalités du plan qu’elle prétend dépasser, est

une imposture. C’est pourquoi je suis allé faire un assez long voyage du côté de la physique, de l’anthropologie, des mathématiques, de la biologie, avant de recommencer à essayer de me faire une idée de l’homme, de sa nature, de ses pouvoirs, de son destin. Naguère, je cherchais à connaître et à comprendre le tout de l’homme, et je méprisais la science. Je soupçonnais l’esprit d’être capable d’atteindre de sublimes sommets. Mais que savais-je de sa démarche dans le domaine scientifique? N’y avait-il pas révélé quelques-uns de ces pouvoirs auxquels j’inclinais à croire? Je me disais: il faut aller au-delà de la contradiction apparente entre matérialisme et spiritualisme. Mais la démarche scientifique n’y conduisait-elle pas ? Et, dans ce cas, n’était-il pas de mon devoir de m’en informer? N’étaitce pas, après tout, une action plus raisonnable, pour un Occidental du XXe siècle, que de prendre un bâton de pèlerin et de s’en aller pieds nus en Inde ? N’y avait-il pas autour de moi quantité d’hommes et de livres pour me renseigner? Ne devais-je pas, d’abord, prospecter à fond mon propre terrain? Si la réflexion scientifique, à son extrême pointe, aboutissait à une révision des idées admises sur l’homme, alors il fallait que je le sache. Et ensuite, il y avait une autre nécessité. Toute idée que je pourrais me

faire, après, sur le destin de l’intelligence, sur le sens de l’aventure humaine, ne pourrait être retenue comme valable que dans la mesure où elle n’irait pas à rebours du mouvement de la connaissance moderne. Je trouvai l’écho de cette méditation dans ces paroles d’Oppenheimer:  "Actuellement, nous vivons dans un monde où poètes, historiens, philosophes, sont fiers de dire qu’ils ne voudraient même pas commencer à envisager la possibilité d’apprendre quoi que ce soit touchant aux sciences: ils voient la science au bout d’un long tunnel, trop long pour qu’un homme averti y glisse la tête. Notre philosophie – pour autant que nous en ayons une –, est donc franchement anachronique, et, j’en suis convaincu, parfaitement inadaptée à notre époque." Or, pour un intellectuel bien entraîné, il n’est pas plus difficile, s’il le veut vraiment, d’entrer dans le système de pensée qui régit la physique nucléaire que de pénétrer l’économie marxiste ou le thomisme. Il n’est pas plus difficile de saisir la théorie de lacybernétique que d’analyser les causes de la révolution chinoise ou l’expérience poétique chez Mallarmé. En vérité, on se refuse à cet effort, non par crainte de l’effort, mais parce que l’on pressent qu’il entraînerait un changement des modes de pensée et d’expression, une révision des valeurs jusqu’ici admises.

    "Et cependant, depuis longtemps déjà, poursuit  Oppenheimer, une intelligence plus subtile de la nature de la connaissance humaine, des rapports de l’homme avec l’univers, aurait dû être prescrite." Je me mis donc à fouiller dans le trésor des sciences et des techniques d’aujourd’hui, de manière inexperte, assurément, avec une ingénuité et un émerveillement peut-être dangereux, mais propices à l’éclosion de comparaisons, de correspondances, de rapprochements  éclairants. C’est alors que je retrouvai un certain nombre de convictions que j’avais eues, plus tôt, du côté de l’ésotérisme, de la mystique, sur la grandeur infinie de l’homme. Mais je les retrouvai dans un autre état. C’étaient maintenant des convictions qui avaient absorbé vivantes les formes et les œuvres de l’intelligence humaine de mon temps, appliquée à l’étude des réalités. Elles n’étaient plus « réactionnaires », elles réduisaient les antagonismes au lieu de les exciter. Des conflits très lourds, comme ceux entre matérialisme et spiritualisme, vie individuelle et vie collective, s’y résorbaient sous l’effet d’une haute chaleur. En ce sens, elles n’étaient plus l’expression d’un choix, et donc d’une rupture, mais d’un devenir, d’un dépassement, d’un renouvellement, c’est-à-dire de l’existence.
 

Les danses, si rapides et incohérentes des abeilles, dessinent paraît-il dans l’espace des figures mathématiques précises et constituent un langage. Je rêve d’écrire un roman où toutes les rencontres que fait un homme dans son existence, fugaces ou marquantes, amenées par ce que nous appelons le hasard, ou par la nécessité, dessineraient elles aussi des figures, exprimeraient des rythmes, seraient ce qu’elles sont
peut-être : un discours savamment construit, adressé à  une âme pour son accomplissement, et dont celle-ci ne     saisit, au long d’une vie, que quelques mots sans suite.


Il me semble, parfois, saisir le sens de ce ballet humain autour de moi, deviner qu’on me parle à travers le mouvement des êtres qui s’approchent, restent ou s’éloignent. Puis je perds le fil, comme tout le monde, jusqu’à la prochaine grosse et pourtant fragmentaire évidence.

Je sortais de Gurdjieff. Une amitié très vive me lia à André Breton. C’est par lui que je connus René Alleau, historien de l’Alchimie. Un jour que je cherchais, pour une collection d’ouvrages d’actualité, un vulgarisateur scientifique, Alleau me présenta Bergier. Il s’agissait de besogne alimentaire, et je faisais peu de cas de la science, vulgarisée ou non. Or, cette rencontre toute fortuite allait ordonner pour un long temps ma vie, rassembler et orienter toutes les grandes influences

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intellectuelles ou spirituelles qui s’étaient exercées sur moi, de Vivekananda à Guénon, de Guénon à Gurdjieff, de Gurdjieff à Breton, et me ramener dans l’âge mûr au point de départ: mon père.

En cinq années d’études et de réflexions, au cours desquelles nos deux esprits, assez dissemblables, furent constamment heureux d’être ensemble, il me semble que nous avons découvert un point de vue nouveau et riche en possibilités. C’est ce que faisaient, à leur manière, les surréalistes voici trente ans. Mais ce n’est pas, comme eux, du côté du sommeil et de l’infraconscience que nous avons été chercher. C’est à l’autre extrémité : du côté de l’ultraconscience et de la veille supérieure. Nous avons baptisé l’école à laquelle nous nous sommes mis, l’école du réalisme fantastique. Elle ne relève en rien du goût pour l’insolite, l’exotisme intellectuel, le baroque, le pittoresque. « Le voyageur tomba mort, frappé par le pittoresque », dit Max Jacob. On ne cherche pas le dépaysement. On ne prospecte pas les lointains faubourgs de la réalité ; on tente au contraire de s’installer au centre. Nous pensons que c’est au cœur même de la réalité que l’intelligence, pour peu qu’elle soit suractivée, découvre le fantastique. Un fantastique qui n’invite pas à l’évasion, mais bien plutôt à une plus profonde adhésion.

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C’est par manque d’imagination que des littérateurs, des artistes, vont chercher le fantastique hors de la réalité, dans des nuées. Ils n’en ramènent qu’un sousproduit. Le fantastique, comme les autres matières précieuses, doit être arraché aux entrailles de la terre, du réel. Et l’imagination véritable est tout autre chose qu’une fuite vers l’irréel. « Aucune faculté de l’esprit ne s’enfonce et ne creuse plus que l’imagination: c’est la grande plongeuse. » On définit généralement le fantastique comme une violation des lois naturelles, comme l’apparition de l’impossible. Pour nous, ce n’est pas cela du tout. Le fantastique est une manifestation des lois naturelles, un effet du contact avec la réalité quand celle-ci est perçue directement et non pas filtrée par le voile du sommeil intellectuel, par les habitudes, les préjugés, les conformismes.

La science moderne nous apprend qu’il y a derrière du visible simple, de l’invisible compliqué. Une table, une chaise, le ciel étoilé sont en réalité radicalement différents de l’idée que nous nous en faisons: systèmes en rotation, énergies en suspens, etc. C’est en ce sens que Valéry disait que, dans la connaissance moderne, « le merveilleux et le positif ont contracté une étonnante alliance ». Ce qui nous est apparu clairement, comme on le verra, j’espère, dans ce livre, c’est que ce contrat
 

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entre le merveilleux et le positif n’est pas valable seulement dans le domaine des sciences physiques et mathématiques. Ce qui est vrai pour ces sciences est sans doute vrai aussi pour les autres aspects de l’existence : l’anthropologie, par exemple, ou l’histoire contemporaine, ou la psychologie individuelle, ou la sociologie. Ce qui joue dans les sciences physiques, joue probablement aussi dans les sciences humaines. Mais il y a de grandes difficultés à s’en rendre compte. C’est que, dans ces sciences humaines, tous les préjugés se sont réfugiés, y compris ceux que les sciences exactes ont aujourd’hui évacués. Et que, dans un domaine si proche d’eux, et si mouvant, les chercheurs ont sans cesse tenté de tout ramener, pour y voir enfin clair, à un système : Freud explique tout,
le apital explique tout, etc. Quand nous disons préjugés, nous devrions dire : superstitions. Il y en a d’anciennes et il y en a de modernes. Pour certaines gens, aucun phénomène de civilisation n’est compréhensible si l’on n’admet pas, aux origines, l’existence de l’Atlantide. Pour d’autres, le marxisme suffit à expliquer Hitler. Certains voient Dieu dans tout génie, certains n’y voient que le sexe. Toute l’histoire humaine est templière, à moins qu’elle ne soit hégélienne. Notre problème est donc de rendre sensible, à l’état brut, l’alliance entre le merveilleux et le positif dans l’homme seul ou dans l’homme en société, comme elle l’est en biologie,

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en
physique ou en mathématiques modernes, où l’on parle très ouvertement et, somme toute, très simplement d’« Ailleurs Absolu », de « Lumière Interdite » et de « Nombre Quantique d’Étrangeté ». « À l’échelle du cosmique (toute la physique moderne nous l’apprend) seul le fantastique a des chances d’être vrai », dit Teilhard de Chardin. Mais, pour nous, le phénomène humain doit aussi se mesurer à l’échelle du cosmique.

C’est ce que disent les plus anciens textes de sagesse. C’est aussi ce que dit notre civilisation, qui commence à lancer des fusées vers les planètes et cherche le contact avec d’autres intelligences. Notre position est donc celle d’hommes témoins des réalités de leur temps. À y regarder de près, notre attitude, qui introduit le réalisme fantastique des hautes sciences dans les sciences humaines, n’a rien d’original. Nous ne prétendons d’ailleurs pas être des esprits originaux. L’idée d’appliquer les mathématiques aux sciences n’était vraiment pas fracassante: elle a pourtant donné des résultats très neufs et importants. L’idée que l’univers n’est peut-être pas ce que l’on en sait, n’est pas originale: mais voyez comment Einstein bouleverse les choses en l’appliquant.

Il est enfin évident qu’à partir de notre méthode, un ouvrage comme le nôtre, établi avec le maximum

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d’honnêteté et le minimum de naïveté, doit susciter plus de questions que de solutions. Une méthode de travail n’est pas un système de pensée. Nous ne croyons pas qu’un système, aussi ingénieux qu’il soit, puisse éclairer complètement la totalité du vivant qui nous occupe. On peut malaxer indéfiniment le marxisme sans parvenir à intégrer le fait qu’Hitler eut conscience plusieurs fois, avec terreur, que le Supérieur Inconnu était venu le visiter. Et l’on pouvait tordre dans tous les sens la médecine d’avant Pasteur sans en extraire l’idée que les maladies sont causées par des animaux trop petits pour être vus. Cependant, il est possible qu’il y ait une réponse globale et définitive à toutes les questions que nous soulevons, et que nous ne l’ayons pas entendue. Rien n’est exclu, ni le oui, ni le non. Nous n’avons découvert aucun « gourou » ; nous ne sommes pas devenus les disciples d’un nouveau messie ; nous ne proposons aucune doctrine. Nous nous sommes simplement efforcés d’ouvrir au lecteur le plus grand nombre possible de portes, et comme la plupart d’entre elles s’ouvrent de l’intérieur, nous nous sommes effacés pour le laisser passer.

Je le répète : le fantastique, à nos yeux, n’est pas l’imaginaire. Mais une imagination puissamment appliquée à l’étude de la réalité découvre que la

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frontière est très mince entre le merveilleux et le positif, ou, si vous préférez, entre l’univers visible et l’univers invisible. Il existe peut-être un ou plusieurs univers parallèles au nôtre. Je pense que nous n’aurions pas entrepris ce travail si, au cours de  notre vie, il ne nous était arrivé de nous sentir, réellement, physiquement, en contact avec un autre monde. Cela s’est produit, pour Bergier, à Mauthausen. À un autre degré, cela s’est produit pour moi chez Gurdjieff. Les circonstances sont bien distinctes, mais le fait essentiel est le même.

L’anthropologue américain Loren Eiseley, dont la pensée est proche de la nôtre, raconte une telle histoire qui exprime bien ce que je veux dire.

« Rencontrer un autre monde, dit-il, n’est pas uniquement un fait imaginaire. Cela peut arriver aux hommes. Aux animaux aussi. Parfois, les frontières glissent ou s’interpénètrent : il suffit d’être là à ce moment. J’ai vu la chose arriver à un corbeau. Ce corbeau-là est mon voisin. Je ne lui ai jamais fait le moindre mal, mais il prend soin de se tenir à la cime des arbres, de voler haut et d’éviter l’humanité. Son monde commence là où ma faible vue s’arrête. Or, un matin, toute notre campagne était plongée dans un brouillard extraordinairement épais, et je marchais à tâtons vers la gare. Brusquement, à la hauteur de mes
 

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yeux, apparurent deux ailes noires immenses, précédées d’un bec géant, et le tout passa comme l’éclair en poussant un cri de terreur tel que je souhaite ne plus jamais rien entendre de semblable. Ce cri me hanta tout l’après-midi. Il m’arriva de scruter mon miroir, me demandant ce que j’avais de si révoltant…

« J’ai fini par comprendre. La frontière entre nos deux mondes avait glissé, à cause du brouillard. Ce corbeau, qui croyait voler à son altitude habituelle, avait soudain vu un spectacle bouleversant, contraire pour lui aux lois de la nature. Il avait vu un homme marchant en l’air, au cœur même du monde des corbeaux. Il avait rencontré une manifestation de l’étrangeté la plus absolue qu’un corbeau puisse concevoir: un homme volant…

« Maintenant, quand il m’aperçoit, d’en haut, il pousse des petits cris, et je reconnais dans ces cris l’incertitude d’un esprit dont l’univers a été ébranlé. Il n’est plus, il ne sera jamais plus comme les autres corbeaux… »

Ce livre n’est pas un roman, quoique l’intention en soit romanesque. Il n’appartient pas à la sciencefiction, quoiqu’on y côtoie des mythes qui alimentent ce genre. Il n’est pas une collection de faits bizarres, quoique l’Ange du Bizarre s’y trouve à l’aise.

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 Il n’est pas non plus une contribution scientifique, le véhicule d’un enseignement inconnu, un témoignage, un documentaire, ou une affabulation. Il est le récit, parfois légende et parfois exact, d’un premier voyage dans des domaines de la connaissance encore à peine explorés. Comme dans les carnets des navigateurs de la Renaissance, la féerie et le vrai, l’extrapolation hasardeuse et la vision exacte s’y mêlent. C’est que nous n’avons eu ni le temps ni les moyens de pousser à fond l’exploration. Nous ne pouvons que suggérer des hypothèses et établir des esquisses de chemins de communication entre ces divers domaines qui sont encore, pour l’instant, des terres interdites. Sur ces terres interdites, nous n’avons fait que de brefs séjours. Quand on les aura mieux explorées, on s’apercevra sans doute que beaucoup de nos propos étaient délirants, comme les rapports de Marco Polo. C’est une éventualité que nous acceptons de bon cœur. « Il y avait quantité de sottises dans le bouquin de Pauwels et Bergier. » Voilà ce que l’on dira. Mais si c’est ce bouquin qui a donné envie d’aller y voir de plus près, nous aurons atteint notre but.

Nous pourrions écrire, comme Fulcanelli essayant de percer à jour et de dépeindre le mystère des cathédrales : « Nous laissons au lecteur le soin d’établir tous rapprochements utiles, de coordonner les


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versions, d’isoler la vérité positive combinée à l’allégorie légendaire dans ces fragments énigmatiques. » Cependant, notre documentation ne doit rien à des maîtres cachés, des livres enterrés ou des archives secrètes. Elle est vaste, mais accessible à tous. Pour ne pas alourdir à l’excès, nous avons évité de multiplier les références, les notes en bas de page, les indications bibliographiques, etc. Nous avons parfois procédé par images et allégories, par souci d’efficacité et non par ce goût du mystère, si vif chez les ésotéristes qu’il nous fait penser à ce dialogue des Marx Brothers:

« Dis donc, il y a un trésor dans la maison d’à côté.
— Mais il n’y a pas de maison à côté.
— Eh bien, nous en construirons une! »

Ce livre, comme je l’ai dit, doit beaucoup à Jacques Bergier. Non seulement dans sa théorie générale qui est le fruit du mariage de nos pensées, mais aussi dans sa documentation. Tous ceux qui ont approché cet homme à la mémoire surhumaine, à la dévorante curiosité et – ce qui est plus rare encore – à la constante présence d’esprit, me croiront sans peine si je dis qu’en un lustre Bergier m’a fait gagner vingt ans de lecture active. Dans ce puissant cerveau, une formidable bibliothèque

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est en service ; le choix, le classement, les connexions les plus complexes s’établissent à la vitesse de l’électronique. Le spectacle de cette intelligence en mouvement n’a jamais manqué de produire en moi une exaltation des facultés, sans laquelle la conception et la rédaction de cet ouvrage m’eussent été impossibles.

Dans un bureau de la rue de Berri qu’un grand imprimeur avait généreusement mis à notre disposition, nous avons réuni quantité de livres, de revues, de rapports, de journaux en toutes les langues, et une secrétaire prit en dictée des milliers de pages de notes, de citations, de traductions, de réflexions. Chez moi, au Mesnil-le-Roi, tous les dimanches, nous poursuivions notre conversation, entrecoupée de lectures, et je consignais par écrit, la nuit même, l’essentiel de nos propos, les idées qui en avaient surgi, les nouvelles directions de recherche qu’ils avaient suggérées. Chaque jour, durant ces cinq ans, je me suis mis à ma table dès l’aube, car ensuite de longues heures de travail extérieur m’attendaient. Les choses étant ce qu’elles sont dans ce monde auquel nous ne voulons pas nous dérober, la question du temps est une question d’énergie. Mais il nous eût fallu encore dix ans, beaucoup de moyens matériels et une nombreuse équipe pour commencer à mener à bien notre entreprise. Ce que nous voudrions, si nous disposons un jour de quelque argent, arraché ici ou là, c’est créer et animer
 

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une sorte d’institut où les études, à peine amorcées dans ce livre, seraient poursuivies. Je souhaite que ces pages nous y aident, si elles ont quelque valeur. Comme le dit Chesterton, « l’idée qui ne cherche pas à devenir mot est une mauvaise idée, et le mot qui ne cherche pas à devenir action est un mauvais mot ».

Pour diverses raisons, les activités extérieures de Bergier sont nombreuses. Les miennes aussi, et d’une certaine ampleur. Mais j’ai vu dans mon enfance mourir de travail. « Comment faites-vous tout ce que vous faites ? » Je ne sais, mais je pourrais répondre par la parole de Zen: « Je vais à pied et cependant je suis assis sur le dos d’un bœuf."

Quantité de difficultés, sollicitations et gênes de toutes sortes ont surgi par la traverse, jusqu’à me faire désespérer. Je n’aime guère la figure du créateur farouchement indifférent à tout ce qui n’est pas son œuvre. Un amour plus vaste me tient, et l’étroitesse en  amour, fût-elle le prix d’une belle œuvre, me semble une indigne contorsion. Mais on comprendra que dans ces dispositions, dans le flot d’une vie largement participante, il arrive qu’on risque la noyade. Unepensée de Vincent de Paul m’a aidé: "Les grands desseins sont toujours traversés par diverses rencontres et difficultés. La chair et le sang diront qu’il faut abandonner la mission, gardons-nous bien de les

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écouter. Dieu ne change jamais dans ce qu’il a une fois résolu, quelque chose de contraire qu’il nous semble qu’il arrive."

Dans ce cours complémentaire de Juvisy, que j’évoquais au début de cette préface, on nous donna un jour à commenter la phrase de Vigny: « Une vie réussie est un rêve d’adolescent réalisé dans l’âge mûr. » Je rêvais alors d’approfondir et de servir la philosophie de mon père, qui était une philosophie du progrès. C’est, après bien des fuites, oppositions et détours, ce que je tente de faire. Que mon combat donne la paix à ses cendres ! À ses cendres aujourd’hui dispersées, ainsi qu’il le souhaitait, pensant, comme je le pense aussi, que « la matière n’est peut-être qu’un des masques parmi tous les masques portés par le Grand Visage"

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Tenho uma grande falta de habilidade manual e lamento-o. Seria mais perfeito se as minhas mãos soubessem trabalhar. Mãos que fazem qualquer coisa de útil mergulham nas profundidades do ser e dali extraem uma fonte de bondade e de paz. O meu padrasto (a quem chamarei aqui pai, pois foi ele que me educou) era alfaiate. Tinha uma alma profunda, um espírito verdadeiramente mensageiro. Por vezes dizia, sorrindo, que a traição dos clérigos, principiara no dia em que um deles representou um anjo com asas: é com as mãos que se sobe ao céu.

A despeito desta falta de habilidade, consegui no entanto encadernar um livro. Tinha dezesseis anos. Era aluno do curso complementar de Juvisy, nuns arrabaldes pobres. Ao sábado à tarde podíamos escolher entre o trabalhar a madeira, o ferro, a modelagem ou a encadernação. Nessa época eu lia os poetas, principalmente Rimbaud. No entanto, impus a mim próprio não encadernar Une Saison en Enfer. Meu pai possuía cerca de trinta livros dispostos no estreito armário da sua oficina, juntamente com os carros de linhas, o giz, os chumaços e os moldes. Havia também, nesse armário, milhares de notas tomadas numa caligrafia miúda e aplicada, a um canto da banca de alfaiate durante as inumeráveis noites de labor.

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Entre esses livros eu lera Le Monde avant la Création de l'Homme, de Flammarion, e entregava-me à descoberta, nessa altura, de Para Onde Vai o Mundo? de Walter Rathenau. Foi o livro de Rathenau que resolvi encadernar, não sem custo. Rathenau fora a primeira vítima dos nazistas, e nós estávamos em 1936. Na pequena oficina do curso complementar, aos sábados, eu fazia trabalhos manuais por amor ao meu pai e ao mundo operário. No dia 1 de Maio ofereci-lhe, juntamente com um ramo de junquilho, o Rathenau encadernado.

Nesse livro, meu pai sublinhara a lápis vermelho uma longa frase que nunca mais esqueci: Mesmo as épocas de opressão são dignas de respeito, pois são a obra, não dos homens, mas da humanidade, e portanto da natureza criadora, que pode ser dura, mas nunca é absurda. Se a época que vivemos é dura, temos o dever de a amar ainda mais, de a penetrar com o nosso amor, até que tenhamos afastado as enormes montanhas
que dissimulam a luz que há para além delas. Mesmo as épocas de opressão... Meu pai morreu em 1948 sem jamais deixar de crer na natureza criadora,


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sem jamais deixar de amar e de penetrar com o seu amor o mundo sofredor em que vivia, sem jamais perder a esperança de ver brilhar a luz para além das enormes montanhas. Ele pertencia à geração dos socialistas românticos, que tinham como ídolos Vítor Hugo, Romain Rolland, Jean Jaurès, usavam grandes chapéus e conservavam a pequena flor azul da sentimentalidade entre as pregas da bandeira vermelha. Na fronteira da mística pura e da ação social, o meu pai, preso à sua banca de alfaiate mais de catorze horas por dia - e nós vivíamos à beira da miséria - conciliava um ardente sindicalismo e uma busca de libertação interior. Nos gestos muito limitados e humildes do seu ofício introduzira um método de concentração e de purificação do espírito a respeito do qual deixou centenas de páginas. Enquanto fazia casas, ou passava a ferro as fazendas, tinha uma presença resplandecente. À quinta feira e ao domingo, os meus camaradas reuniam-se à volta da sua banca, para o escutar e sentir aquela presença vigorosa, e a maior parte deles alteraram as suas vidas devido à sua influência..


Cheio de confiança no progresso e na ciência, acreditando na ascensão do proletariado, elaborara uma sólida filosofia. Sentira uma espécie de inspiração ao ler a obra de Flammarion sobre a pré-história. Depois, guiado pela paixão, lera livros de paleontologia, de astronomia, de física.



 

Embora sem preparação, penetrara no âmago dos assuntos. Falava pouco mais ou menos como Teilhard de Chardin, que então desconhecíamos: O que o nosso século vai viver é mais importante do que a aparição do budismo! De futuro já não se trata de dedicar a tal ou tal divindade as faculdades humanas. É o poder religioso da terra que sofre em nós uma crise definitiva: a da sua própria descoberta. Começamos a perceber, e para sempre, que para o homem a única religião aceitável é a que antes de mais o ensinará a reconhecer, amar e servir apaixonadamente o Universo de que ele é o elemento mais importante . Ele achava que a evolução não se confunde com o transformismo, mas que ela é integral e ascendente, aumentando a densidade psíquica do nosso planeta, preparando-o para tomar contacto com as inteligências dos outros mundos, para se aproximar da própria alma do cosmos.


 

Para ele, a espécie humana não estava concluída. Ela progredia em direção a um estado de superconsciência, através da ascensão da vida coletiva e da lenta criação de um psiquismo unânime. Dizia que o homem ainda não estava perfeito e salvo, mas que as leis de condensação da energia criadora permitem-nos alimentar, à escala do cosmos, uma formidável esperança. E não perdia de vista essa esperança. Era por isso que julgava com uma serenidade e um dinamismo religiosos os problemas deste mundo, indo procurar muito longe, muito alto, um otimismo e uma coragem imediatamente e realmente utilizáveis.

Em 1948 a guerra terminara, e ressurgiam ameaças de batalhas, desta vez atômicas. No entanto ele considerava as inquietações e os sofrimentos atuais como negativos de uma imagem magnífica. Havia nisso um fio que o unia ao destino espiritual da Terra e espalhava sobre a época de opressão em que terminava a sua vida de trabalhador, apesar de imensos desgostos íntimos, muita confiança e muito amor.
Morreu nos meus braços, na noite de 31 de Dezembro e disse-me, antes de fechar os olhos:
"É preciso não contar demasiadamente com Deus, mas talvez Deus conte conosco...
 

Em que ponto da minha evolução estava eu nesse momento? Tinha vinte e oito anos. Fizera vinte anos em 1940, em plena derrocada. Pertencia a uma geração de transição que assistira ao desmoronar de um mundo, estava separada do passado e desconfiava do futuro. Eu estava longe de acreditar que a época de opressão fosse digna de respeito e que era necessário penetrá-la com o nosso amor. Antes me parecia que a lucidez nos levava a recusar um jogo em que todos trapaceiam.

Durante a guerra refugiara-me no hinduísmo. Era o meu mundo. Nele vivia em resistência absoluta. Não procuremos o ponto de apoio na história e entre os homens: escapa-se-nos sem cessar. Procuremo-lo em nós próprios. Sejamos deste mundo como se o não fôssemos. Coisa alguma me parecia tão bela como o pássaro mergulhador da Bhagavad Gita, que mergulha e volta à superfície sem ter molhado as penas. Perante os acontecimentos contra os quais nada podemos, pensava eu, procedamos de forma que eles nada possam contra nós. Permanecia nas alturas, sentado em lódão sobre uma nuvem vinda do Oriente. À noite, meu pai lia às escondidas os meus livros de cabeceira tentando compreender a estranha doença que tanto me afastava dele.

Mais tarde, após a Libertação, ofereci a mim próprio um mestre para viver e pensar. Tornei-me discípulo de Gurdjieff. Esforçava-me por me separar das minhas emoções, dos meus sentimentos, dos meus impulsos, a fim de encontrar, para além, qualquer coisa de imóvel e permanente, uma presença muda, anônima, transcendente, que me consolaria da minha pequena realidade e da incongruência do mundo. Julgava meu pai com certa comiseração. Supunha possuir os segredos do governo do espírito e de todo o conhecimento. Na verdade, eu não possuía mais que a ilusão de possuir um enorme desprezo por aqueles que não partilhavam essa ilusão.

Meu pai desesperava-se por minha causa. Eu próprio me desesperava. Mantinha-me obstinadamente numa posição de recusa. Lia René Guénon. Pensava que tínhamos a pouca sorte de viver num mundo radicalmente pervertido e justamente votado ao apocalipse. Fazia meu o discurso de Cortes à Câmara dos Deputados de Madrid em 1849: Meus senhores, a causa de todos os vossos erros é ignorardes o caminho da civilização e do mundo. Julgais que a civilização e o mundo progridem, e eles retrocedem! Para mim, a idade atual era a idade negra. Entretinha-me a enumerar os crimes do espírito moderno contra o espírito. Desde o século &I que o Ocidente, separado dos Princípios, corria para a própria destruição. Alimentar qualquer esperança era aliar-se ao mal. Denunciava a mais pequena confiança como uma cumplicidade. Só me restava entusiasmo para a recusa, para a ruptura. Neste mundo cujas três quartas partes já se perdiam no abismo, onde os padres, os sábios, os políticos, os sociólogos e os organizadores de toda a espécie me apareciam como coprófagos, apenas os estudos tradicionais e uma resistência incondicional ao século eram dignos de respeito.


Neste estado de espírito chegava a considerar meu pai um ingênuo primário. O seu poder de adesão, de amor, de visão remota irritava-me como coisa ridícula. Acusava-o de ter permanecido nos entusiasmos da Exposição de 1900. A esperança que ele punha numa coletivização crescente (e colocava-a infinitamente mais acima que o plano político) provocava-me desprezo. Eu só acreditava nas antigas teocracias. Einstein fundava um núcleo desesperado dos sábios do átomo, a ameaça de uma guerra total pairava sobre a humanidade dividida em dois blocos. Meu pai morria sem nada ter perdido da sua fé no futuro, e eu já não o compreendia. Não evocarei, nesta obra, os problemas de classe. Não é o lugar adequado. Mas sei muito bem que esses problemas existem, pois crucificaram o homem que me amava. Não conheci o meu verdadeiro pai. Ele pertencia à velha burguesia de Gante. Tanto minha mãe como o meu segundo pai eram operários, descendiam de operários. Foram os meus antepassados flamengos, folgazões, artistas, ociosos e orgulhosos, que me afastaram do pensamento generoso, dinâmico, que me fizeram desprezar e ignorar a virtude da participação. Há muito tempo já que existia uma barreira entre meu pai e eu. Ele que não quisera outro filho além deste que não era do seu sangue, com receio de me prejudicar, sacrificara-se para que eu me tornasse um intelectual. Tendo-me dado tudo,


idealizara a minha alma semelhante à dele. A seus olhos eu devia tornar-me um farol, um homem capaz de esclarecer os outros homens, de lhes dar coragem e esperança, de lhes mostrar, como ele dizia, a luz que brilha no fundo de nós. Mas eu não via qualquer espécie de luz, senão a luz negra, em mim e no fundo da humanidade. Não passava de um letrado semelhante a tantos outros. Levava até às suas conseqüências extremas esse sentimento de exílio, essa necessidade de revolta radical que se exprimia nas revistas literárias por volta de 1947, ao falar de inquietação metafísica, e que constituíram a complicada herança da minha geração. Nestas condições, de que maneira ser um farol? Esta idéia, expressão à Vítor Hugo faziam-me sorrir maldosamente. Meu pai censurava-me por me deixar corromper, por ter passado, como ele dizia, para o lado dos privilegiados da cultura, dos mandarins dos orgulhosos da sua impotência.
A bomba atômica, ao passo que para mim marcava o princípio do fim dos tempos, era para ele o sinal de um novo despertar. A matéria ia-se espiritualizando e o homem descobriria à sua volta e em si próprio forças até ali insuspeitadas. O espírito burguês, para o qual a Terra é um local de descanso confortável de que é necessário extrair o máximo, ia ser sacudido pelo espírito novo, o espírito dos obreiros da Terra, para quem o mundo é uma máquina em marcha, um organismo em evolução, uma unidade a construir, uma Verdade a fazer desabrochar. A humanidade estava apenas no início da sua evolução. Ela recebia as primeiras informações a respeito da missão que lhe era destinada pela Inteligência do Universo.


Mal começávamos a perceber o que é o amor do mundo. Para meu pai, a aventura humana tinha uma direção. Ele julgava os acontecimentos conforme se situavam ou não nessa direção. A história tinha um sentido: ela evoluía para qualquer forma de ultra-humano, trazia em si a promessa de uma superconsciência. A sua filosofia cósmica não o separava do século. No presente, as suas adesões eram progressistas. Eu irritava-me, sem perceber que ele punha uma espiritualidade infinitamente maior no seu progressismo do que os progressos que eu fazia na minha espiritualidade. No entanto, eu sufocava no meu pensamento limitado. Diante daquele homem sentia-me por vezes um pequeno intelectual árido e transido, e acontecia-me desejar pensar como ele, respirar tão amplamente como ele. Ao canto da sua banca de alfaiate, à noite, eu levava a contradição ao extremo, provocava-o, desejando secretamente sentir-me perturbado e modificado. Mas, com a ajuda do cansaço, ele exaltava-se contra mim, contra o destino que lhe

dera um grande pensamento sem lhe conceder os meios de o transferir para esse filho de sangue rebelde, e separávamo-nos encolerizados e indispostos. Eu buscava de novo as minhas meditações e os meus livros desesperados. Ele inclinava-se sobre os tecidos e pegava novamente na agulha, sob a luz forte que lhe amarelecia os cabelos. Da minha cama ouvia-o durante muito tempo resfolgar, resmungar. Depois, de súbito, começava a assobiar entre dentes, suavemente os primeiros compassos do Hino à Alegria de Beethoven, para me dizer de longe que o amor encontra sempre os seus. Penso nele quase todas as noites, à hora das nossas antigas discussões. Ouço essa respiração, esse resmungar que terminava em canto, esse sublime vento desaparecido. Há doze anos que morreu! E eu vou fazer quarenta. Se o tivesse compreendido em vida teria encaminhado mais habilmente a minha inteligência e o meu coração. Não parei de procurar. Agora, alio-me de novo a ele, mas após quantas pesquisas, muitas vezes inúteis, e perigosas divagações! Podia ter conciliado, muito mais cedo, o gosto pela vida interior e o amor pelo mundo em movimento. Podia ter construído mais cedo, e talvez com maior eficácia, quando as minhas forças estavam intactas, uma ponte entre a mística e o espírito moderno.

Ter-me-ia sentido simultaneamente religioso e solidário com o grande impulso da história. Podia ter sentido mais cedo a fé, a caridade e a esperança. Este livro resume cinco anos de pesquisas, em todos os sectores do conhecimento, nas fronteiras da ciência e da tradição Lancei-me nesta empresa nitidamente superior às minhas possibilidades, porque já não podia recusar por mais tempo este mundo presente e futuro que, no entanto, é o meu. Mas todo o excesso é esclarecedor. Podia ter descoberto mais cedo um meio de comunicação com a minha época. Pode ser que não tenha perdido totalmente o tempo ao ir até ao extremo da minha procura. Não acontece aos homens aquilo que eles merecem, mas sim o que se lhes assemelha. Procurei durante muito tempo, como o desejava o Rimbaud da minha adolescência, a Verdade numa alma e num corpo. Não o consegui. Na perseguição dessa Verdade perdi o contacto com as pequenas verdades que teriam feito de mim, não decerto o super-homem por que ansiava, mas um homem melhor e mais unificado do que sou. No entanto, aprendi, a respeito do comportamento profundo do espírito, dos diversos estados possíveis da consciência, da memória e da intuição, coisas preciosas que não teria aprendido de outra forma e que me permitiriam, mais tarde, compreender o que há de grandioso, de essencialmente revolucionário na base do espírito

moderno: a interrogação sobre a natureza do acontecimento e a necessidade imperiosa de uma espécie de transmutação da inteligência. Quando saí do meu nicho de Yogi para lançar um golpe de vista sobre este mundo moderno que eu condenava sem o conhecer, aprendi repentinamente o maravilhoso. O meu estudo reacionário, tão cheio de orgulho e de ódio, fora útil na medida em que me impedira de aderir a este mundo pelo lado mau: o velho racionalismo do século XIX, o progressismo demagógico. Impedira-me igualmente de aceitar este mundo como uma coisa natural e simplesmente porque era o meu, de o aceitar num estado de consciência sonolenta, como acontece à maior parte das pessoas. Com os olhos remoçados por essa longa permanência fora do meu tempo, vi este mundo tão rico em fantástico real como o mundo da tradição era para mim em fantástico suposto. Melhor ainda: aquilo que aprendia sobre a época modificava, aprofundando-o, o meu conhecimento do espírito antigo. Vi as coisas antigas com um olhar novo, e os meus olhos estavam igualmente novos para ver as coisas novas. Encontrei Jacques Bergier (mais adiante direi em que circunstâncias) na altura em que
acabava de escrever uma obra  

a respeito do grupo de espíritos reunido à volta de Gurdjieff. Esse encontro, que não atribuo ao acaso, foi determinante. Acabava de consagrar dois anos a descrever uma escola esotérica e a minha própria aventura. Mas nesse momento principiava para mim outra aventura. Foi o que me pareceu necessário dizer ao despedir-me dos meus leitores. Terão de desculpar-me o fato de me citar a mim próprio, dado que não tenho a menor preocupação em chamar as atenções para a minha obra: são outros os meus objetivos. Inventei a fábula do macaco e da cabaça. Os indígenas, a fim de capturarem o animal com vida, amarram a um coqueiro uma cabaça contendo pistaches. O macaco precipita-se, estende a pata, pega nas pistaches, fecha a mão. E eis que não a pode retirar novamente. Aquilo que conquistou retêm-no prisioneiro. Ao sair da escola Gurdjieff escrevi: É necessário apalpar, examinar os frutos-armadilhas, depois afastarmo-nos com rapidez. Satisfeita uma certa curiosidade, convém dirigir imediatamente a nossa atenção para o mundo em que estamos, recuperar a nossa liberdade e a nossa lucidez, retomar o caminho sobre a terra dos homens da qual fazemos parte. O que importa é ver em que medida o movimento essencial do pensamento dito tradicional encontra o movimento do pensamento contemporâneo. A física, a biologia, as matemáticas, nos seus aspectos terminais, contém atualmente certos dados

do esoterismo, reúnem certas visões do cosmos, relações da energia e da matéria que são visões ancestrais. As ciências de hoje, se as abordamos sem conformismo científico, mantêm um diálogo com os antigos mágicos, alquimistas, taumaturgos. Opera-se, sob o nosso olhar uma revolução, e há de novo um casamento inesperado da razão, no auge das suas conquistas, com a intuição espiritual. Para os observadores verdadeiramente atentos, os problemas que se põem à inteligência contemporânea já não são problemas de progresso. Há alguns anos que a noção de progresso deixou de existir. São problemas de mudança de estado, problemas de transmutação. Neste sentido, os homens atentos às realidades da experiência interior vão na direção do futuro e dão solidamente a mão aos sábios de vanguarda que preparam o surgimento de um mundo sem nada de comum com o mundo de pesada transição no qual vivemos ainda por algumas horas. É exatamente o assunto que será desenvolvido neste grande volume. É portanto necessário, pensava eu antes de o iniciar, projetar a inteligência muito longe em direção ao passado e muito longe em direção ao futuro para compreender o presente. Apercebi-me de que tinha razão para não amar, outrora, as pessoas que são simplesmente "modernas". Somente eu


condenava-as sem saber porquê. Na verdade, são condenáveis porque o seu espírito apenas ocupa uma fração demasiado pequena do tempo. Mal surgem, tornam-se anacrônicas. O que é preciso ser, para estar presente, é contemporâneo do futuro. E o próprio passado remoto pode ser interpretado como uma ressaca do futuro. Desde então, quando interrogo o presente, obtenho respostas cheias de estranhezas e de promessas. James Blish, escritor americano, diz em homenagem a Einstein que este último engoliu Newton vivo. Admirável fórmula! Se o nosso pensamento se eleva para uma visão mais alta da vida, é vivas que ele deve ter absorvido as verdades do plano inferior. Tal é a certeza que adquiri no decorrer das minhas pesquisas. Isto pode parecer banal, mas quando se viveu no meio de idéias que pretendiam estar acima de tudo, como seja a sabedoria de Guénon e o sistema Gurdjieff, e que ignoravam ou desprezavam a maior parte das realidades sociais e científicas, esta nova forma de julgar modifica a direção e os anseios do espírito. As coisas inferiores, já Platão dizia, devem encontrar-se entre as coisas superiores, embora num estado diferente. Agora tenho a convicção de que qualquer filosofia superior, na qual não continuem a existir as realidades do plano que ela pretende ultrapassar,

é uma impostura. Eis a razão que me levou a fazer uma longa digressão pelos domínios da física, da antropologia, das matemáticas, da biologia, antes de tentar novamente fazer uma idéia do homem, da sua natureza, dos seus poderes, do seu destino. Outrora, eu procurava conhecer e compreender o todo do homem, e desprezava a ciência. Julgava o espírito capaz de atingir altitudes sublimes. Mas que sabia eu das suas diligências no domínio científico? Não revelara ele alguns desses poderes nos quais eu me sentia inclinado a acreditar? Dizia para mim próprio: é necessário ultrapassar a contradição aparente entre materialismo e espiritualismo. Mas o progresso científico não nos conduziria a isso? E, nesse caso, não seria meu dever informar-me? Não seria, no fim de contas, uma atitude mais racional, para um ocidental do século XX, do que agarrar num bordão de peregrino e dirigir-se descalço para a Índia? Não haveria à minha volta número suficiente de homens e de livros onde colher informações? Não deveria eu, antes de mais nada, perscrutar a fundo o meu próprio terreno? Se a reflexão científica, nos seus aspectos extremos, tendia para uma revisão das idéias admitidas a respeito do homem
então era necessário que eu o soubesse. E havia ainda outra necessidade. Depois disso, qualquer idéia que eu fizesse



sobre o destino da inteligência, sobre o sentido da aventura humana, não poderia ser dada como válida senão na medida em que não fosse contra o movimento do conhecimento moderno. Descobri o eco desta meditação nas seguintes palavras de Oppenheimer: Atualmente vivemos num mundo em que poetas, historiadores, filósofos sentem orgulho em dizer que não quereriam sequer prever a hipótese de aprender fosse o que fosse relativo as ciências: vêem a ciência ao fundo de um longo túnel, longo demais para que um homem precavido lá meta a cabeça. A nossa filosofia - se é que temos uma - é portanto francamente anacrônica, e, estou convencido, perfeitamente inadaptada à nossa época. Ora, para um intelectual bem preparado, não é mais difícil, se realmente o deseja, compreender o sistema de pensamento que rege a física nuclear do que penetrar na economia marxista ou no tomismo. Não é mais difícil aprender a teoria da cibernética do que analisar as causas da revolução chinesa ou a experiência poética de Mallarmé. Na verdade, recusamo-nos a esse esforço, não por recearmos o esforço, mas porque pressentimos que ele provocaria uma mudança na forma de pensar e de exprimir, uma revisão dos valores até aqui admitidos.


E no entanto, prossegue Oppenheimer, há muito tempo já que uma compreensão mais subtil a respeito da natureza do conhecimento humano e das relações do homem com o Universo deveria ter sido prescrita. Resolvi-me portanto a pesquisar o tesouro das ciências e das técnicas atuais, seguramente de forma inexperiente, com uma ingenuidade e uma admiração talvez perigosas, mas propícias ao desabrochar de comparações, de correspondências, de aproximações esclarecedoras. Foi então que recuperei um certo número de convicções que tivera, outrora, em relação ao esoterismo, à mística, à grandeza infinita do homem. Mas recuperei-as num estado diferente. Atualmente eram convicções que tinham absorvido com vida as formas e as obras da inteligência humana do meu tempo, aplicada ao estudo das realidades. Já não eram reacionárias, reduziam os antagonismos em vez de os excitar. Conflitos muito pesados, como sejam entre materialismo e espiritualismo, vida individual e vida coletiva, fundiam-se sob o efeito de uma alta temperatura. Neste caso, elas já não eram o resultado de uma opção, e portanto de uma ruptura, mas de um devir, de uma ultrapassagem, de uma renovação, por assim dizer, da Existência.

 


As reviravoltas das abelhas, tão rápidas e incoerentes, parecem desenhar no espaço figuras matemáticas precisas e constituem uma linguagem. Idealizo escrever um romance no qual todos os encontros que um homem tem durante a sua existência, fugazes ou importantes, conduzidos por aquilo a que chamamos o acaso, ou pela necessidade, desenhassem igualmente figuras, exprimissem ritmos e fossem o que talvez sejam: um discurso sabiamente planeado, dedicado a uma alma para que se realize totalmente, e de que esta não apreende, ao longo da vida, mais do que algumas palavras sem continuidade.

Por vezes julgo abranger o sentido deste bailado humano à minha volta, adivinhar que alguém me fala através do movimento dos seres que se aproximam, se detêm ou se afastam. Depois perco o fio à meada, como toda a gente, até à próxima grande e no entanto fragmentária evidência.
 


Acabava de abandonar Gurdjieff. Liguei-me a André Breton por uma intensa amizade. Foi por seu intermédio que conheci René Alleau, historiador de Alquimia. Um dia em que procurava um vulgarizador científico para uma coleção de obras da atualidade, Alleau apresentou-me Bergier. Tratava-se de questões alimentares, e eu fazia pouco caso da ciência, vulgarizada ou não. Ora esse encontro absolutamente fortuito viria a influenciar durante muito tempo a minha vida, a reunir e orientar todas as grandes influências

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intelectuais ou espirituais que se tinham exercido em mim, de Vivekananda a Guénon, de Guénon a Gurdjieff, de Gurdjieff a Breton, e conduzir-me-ia na idade madura ao ponto de partida: meu pai.

Em cinco anos de estudos e reflexões, no decorrer dos quais os nossos dois espíritos, bastante dessemelhantes, se sentiram sempre felizes em conjunto, parece-me que descobrimos um novo ponto de vista e rico em possibilidades. Era o que faziam, à sua maneira, os surrealistas há trinta anos atrás. Mas, ao contrário deles, não foi no sono e na infraconsciência que procuramos. Foi na outra extremidade: do lado da ultraconsciência e da vigília superior. Resolvemos chamar à escola que iniciávamos a escola do realismo fantástico. Ela não manifesta em coisa alguma preferência pelo insólito, o exotismo intelectual, o barroco, o pitoresco. O viajante caiu morto, ferido pelo pitoresco, disse Max Jacob. Nós não procuramos a fuga a este mundo. Não exploramos os arrabaldes longínquos da realidade, tentamos pelo contrário, instalar-nos no centro. Cremos que é no próprio centro da realidade que a inteligência, por muito pouco excitada que seja, descobre o fantástico. Um fantástico que não convida a evasão, mas antes a uma mais profunda adesão.

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É por falta de imaginação que os letrados, os artistas vão procurar o fantástico fora da realidade, entre as nuvens. Trazem apenas um subproduto. O fantástico, à semelhança das outras matérias preciosas, deve ser arrancado às entranhas da terra, do real. E a verdadeira imaginação é coisa muito diferente de uma fuga para o irreal. Nenhuma faculdade do espírito se afunda e penetra mais que a imaginação: é ela a grande mergulhadora. Geralmente o fantástico é definido como uma violação das leis naturais, como a aparição do impossível. Para nós não é nada disso. O fantástico é uma manifestação das leis naturais, um resultado do contacto com a realidade quando esta nos chega diretamente, e não filtrada pelo véu do sono intelectual, pelos hábitos, os preconceitos, os conformismos.


A ciência moderna ensina-nos que para além do visível simples está o invisível complicado. Uma mesa, uma cadeira, o céu estrelado são na verdade radicalmente diferentes da idéia que deles fazemos: sistemas em rotação, energias em suspenso, etc. Era neste sentido que Valéry dizia que, no conhecimento moderno, o maravilhoso e o positivo contraíram uma espantosa aliança.vO que sobressai claramente, como se verá, segundo espero, neste livro, é que esse contrato

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entre o maravilhoso e o positivo não é apenas válido no domínio das ciências físicas e matemáticas. O que é verdadeiro para essas ciências é sem dúvida igualmente verdadeiro para os outros aspectos da existência: a antropologia, por exemplo, ou a história contemporânea, ou a psicologia individual, ou a sociologia. O que tem valor nas ciências físicas, é provável que também tem valor nas ciências humanas. Mas existem grandes dificuldades para que disso nos apercebamos. É que, nas ciências humanas, todos os preconceitos se refugiaram, incluindo aqueles que as ciências exatas atualmente desprezaram. E que, num domínio tão perto deles, e tão instável, os investigadores, para verem enfim claro, constantemente tentaram reduzir tudo a um sistema: Freud explica tudo, O Capital explica tudo, etc. Quando dizemos preconceitos, deveríamos dizer: superstições. Há as antigas e há as modernas. Para certas pessoas, nenhum fenômeno de civilização é compreensível se não admitimos, nas origens, a existência da Atlântida. Para outros, o marxismo chega para explicar Hitler. Alguns vêem Deus em todo e qualquer gênio, outros vêem apenas o sexo. Toda a história humana é templária, a menos que seja hegeliana. O nosso problema é portanto tornar sensível, no estado bruto, a aliança entre o maravilhoso e o positivo no homem isolado ou no homem em sociedade, da mesma forma que o é em biologia,

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em física ou em matemática modernas, onde se fala muito abertamente e, no fim de contas, muito simplesmente, de Algures Absoluto de Luz Interdita e de Número Quântico de Estranheza. À escala do cósmico (toda a física moderna no-lo ensina), só o fantástico tem probabilidades de ser verdadeiro, diz Teilhard de Chardin. Mas, para nós, o fenômeno humano deve igualmente medir-se pela escala do cósmico.


É o que dizem os mais antigos textos da sabedoria. É igualmente o que diz a nossa civilização, que principia a lançar foguetões em direção aos planetas e procura o contacto com outras inteligências. A nossa posição é portanto a de homens testemunhas das realidades do seu tempo. Vista de perto, a nossa atitude, que introduz o realismo fantástico das ciências superiores nas ciências humanas, nada tem de original. Aliás, nós não pretendemos ser espíritos originais. A idéia de aplicar as matemáticas às ciências não era realmente revolucionária: não obstante, deu resultados novos e importantes. A idéia de que o Universo talvez não seja aquilo que supomos não é original: mas reparemos como Einstein altera as coisas ao aplicá-la.

É evidente que a partir do nosso método, um trabalho como o nosso, elaborado com o máximo

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de honestidade e o mínimo de ingenuidade, deve provocar mais interrogações do que soluções. Um método de trabalho não é um sistema de pensamento. Não acreditamos que um sistema, por muito engenhoso que seja, possa esclarecer por completo a totalidade da vida que nos ocupa. Podemos remoer indefinidamente o marxismo sem conseguir que nele caiba o fato de que Hitler teve várias vezes consciência, com terror, de que o Superior Desconhecido o visitara. E podia virar-se em todos os sentidos a medicina anterior a Pasteur sem dela extrair a idéia de que as doenças são causadas por animais pequenos demais para serem vistos. No entanto, é possível que haja uma resposta global e definitiva para todas as perguntas que formulamos, e que não a tenhamos ouvido. Nada é excluído, nem o sim, nem o não. Nós não descobrimos nenhuma panacéia; não nos transformamos em discípulos de um novo messias; não propomos doutrina alguma. Esforçamo-nos simplesmente por abrir para o leitor o maior número possível de portas, e, como a maior parte delas se abrem do lado de dentro, afastamo-nos para o deixar passar.

Repito: o fantástico, a nossos olhos, não é o imaginário. Mas uma imaginação poderosamente aplicada ao estudo da realidade descobre

 

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que é muito tênue a fronteira entre o maravilhoso e o positivo, ou, se preferem, entre o universo visível e o universo invisível. Existe talvez um ou vários universos paralelos ao nosso. Creio que não teríamos empreendido esta tarefa se, no decorrer da nossa vida, não tivesse acontecido sentirmo-nos, realmente, fisicamente, em contacto com outro mundo. Isto
deu-se, com Bergier, em Mauthausen. Em escala diferente, comigo deu-se na escola de Gurdjieff. As circunstâncias são muito diferentes, mas o fato essencial é o mesmo.

O antropólogo americano Loren Eiseley, cuja forma de pensar se aproxima da nossa, conta uma bela história que exprime bem o que pretendo dizer.

Descobrir outro mundo, diz ele, não é apenas um fato imaginário. Pode acontecer aos homens. Aos animais também. Por vezes, as fronteiras resvalam ou interpenetram-se: basta estar presente nesse momento. Vi o fato acontecer a um corvo. Esse corvo é meu vizinho: nunca lhe fiz mal algum, mas ele tem o cuidado de se conservar no cimo das árvores, de voar alto e de evitar a humanidade. O seu mundo principia onde a minha vista acaba. Ora, uma manhã, os nossos campos estavam mergulhados num nevoeiro extraordinariamente espesso, e eu dirigia-me às apalpadelas para a estação. Bruscamente, à altura dos meus



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olhos, surgiram duas asas negras, imensas, precedidas por um bico gigantesco, e tudo isto passou como um raio, soltando um grito de terror tal que eu faço votos para que nunca mais ouça coisa semelhante. Esse grito perseguiu-me durante toda a tarde. Cheguei a consultar o espelho, perguntando a mim próprio o que teria eu de tão revoltante...

Acabei por perceber. A fronteira entre os nossos dois mundos resvalara, devido ao nevoeiro. Aquele corvo, que supunha voar à altitude habitual, vira de súbito um espetáculo espantoso, contrário, para ele, às leis da natureza. Vira um homem caminhar no espaço, mesmo no centro do mundo dos corvos. Deparara com a manifestação de estranheza mais completa que um corvo pode conceber: um homem voador....

Agora, quando me vê, lá do alto, solta pequenos gritos, e reconheço nesses gritos a incerteza de um espírito cujo universo foi abalado. Já não é, nunca mais será como os outros corvos...

Este livro não é um romance, embora a intenção seja romanesca. Não faz parte da ficção científica, embora nele se deparem mitos que sustentam esse gênero. Não é conjunto de fatos estranhos, embora o Anjo do Bizarro nele se sinta à vontade.


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Também não é uma contribuição científica, o veículo de um ensino desconhecido, um documentário, ou uma efabulação. É a narrativa, por vezes romanceada e por vezes exata, de uma primeira viagem pelos domínios dos conhecimentos ainda quase por explorar. Como nos diários de bordo dos Navegadores do Renascimento, o imaginário e o real, a extrapolação audaciosa e a visão confundem-se. É que não tivemos nem o tempo nem os meios de aprofundar completamente a exploração. Podemos apenas sugerir hipóteses e indicar as vias de comunicação entre esses diversos domínios que ainda são, por agora, terrenos proibidos. Sobre esses terrenos proibidos apenas fizemos pequenas paragens. Quando tiverem sido melhor explorados, sem dúvida se verificará que muitas das nossas suposições eram delirantes, como os relatos de Marco Polo. É uma eventualidade que aceitamos calmamente. Havia uma quantidade de disparates no livro de Pauwels e Bergier. Eis o que dirão. Mas se tiver sido este livro a provocar a curiosidade de aprofundar o assunto, o nosso fim terá sido atingido.

Poderíamos escrever, como Fulcanelli ao tentar esclarecer e descrever o mistério das catedrais: Deixamos ao leitor o cuidado de estabelecer todas as comparações úteis, de coordenar

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as versões, de isolar a verdade positiva combinada com a alegoria lendária nestes fragmentos enigmáticos. Todavia, a nossa documentação nada deve a sábios ocultos, a livros enterrados ou a arquivos secretos. É vasta, mas acessível a todos. Para que não se tornasse excessivamente pesada, evitamos multiplicar as referências, as notas no final das páginas, as indicações bibliográficas, etc. Por vezes servimo-nos de imagens e alegorias, preocupados com a eficácia e não por gosto pelo mistério, tão vivo nos esotéricos que nos faz pensar neste diálogo dos Irmãos Marx:

Olha, há um tesouro na casa ao lado.
- Mas não há casa alguma aqui ao lado.
- Então construiremos uma!

Este livro, como já disse, deve muito a Jacques Bergier. Não apenas na sua teoria geral, que é o fruto de uma comunhão das nossas idéias, como ainda na documentação. Todos aqueles que se aproximaram deste homem de memória sobrehumana, de curiosidade voraz e - o que é ainda mais raro - com uma permanente presença de espírito, acreditar-me-ão facilmente se eu disser que num lustro Bergier fez-me ganhar vinte anos de leitura ativa. Nesse cérebro poderoso há uma formidável biblioteca

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sempre em serviço; a escolha, a classificação, as conexões mais complexas estabelecem-se à velocidade eletrônica. O espetáculo dessa inteligência em movimento jamais deixou de provocar em mim uma exaltação das faculdades sem a qual concepção e a redação deste trabalho me teriam sido impossíveis.


Num escritório da Rua de Berri que um grande impressor pusera generosamente à nossa disposição, reunimos uma quantidade de livros, revistas, relatos, jornais em todas as línguas, e uma secretária datilografou centenas de páginas de notas, de citações, de traduções de reflexões que nós lhe ditamos. Em minha casa, no Mesnil-leRoi, prosseguíamos todos os domingos a nossa conversa, entrecortada por leituras, e eu anotava por escrito, na própria noite, o essencial das nossas palavras, as idéias que delas tinham surgido, as novas direções sugeridas pelas pesquisas. Todos os dias, durante cinco anos, me sentei à secretária logo de madrugada, porque mais tarde esperavam-me longas horas de trabalho exterior. Sendo as coisas como são neste mundo a que não queremos fugir, a questão do tempo é uma questão de energia. Mas ter-nos-iam sido necessários mais dez anos, muito dinheiro e uma numerosa equipa para podermos iniciar com êxito a nossa empresa. O que desejaríamos, se um dia pudéssemos dispor de algum dinheiro, arranjado aqui e além, era criar e dar vida a

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uma espécie de instituto onde os estudos, esboçados neste livro fossem continuados. Desejo que estas páginas nos auxiliem nesse sentido, se acaso têm algum valor. Como diz Chesterton, a idéia que não procura tornar-se palavra é uma idéia inútil, e a palavra que não procura tornar-se ação é uma palavra inútil.

Por diversas razões, as atividades exteriores de Bergier são numerosas; As minhas também, e de certa amplidão. Mas na minha infância vi pessoas morrerem de trabalho. Como consegue fazer tudo o que faz? Não sei, mas poderia responder pelas palavras do Zen: Caminho a pé e no entanto estou sentado sobre o dorso de um boi.

Inúmeras dificuldades, solicitações e incômodos de toda a espécie surgiram inopinadamente, chegando a fazer-me desesperar. Detesto a figura do criador grotescamente indiferente a tudo o que não seja a sua obra. Anima-me um amor mais vasto e a pequenez em,amor, mesmo que o preço seja uma bela obra parece-me uma contorção indigna. Mas devem compreender que nestas disposições, na confusão de uma vida largamente participante, corremos o risco do afogamento. Ajudou-me um pensamento de Vicente de Paula: Os grandes propósitos são sempre atravessados por diversos obstáculos e dificuldades. A carne e o sangue dirão que é necessário abandonar a missão, evitemos portanto dar-lhes

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ouvidos. Deus jamais altera aquilo que uma vez decidiu, seja o que for que de contrário nos aconteça.

Naquele curso complementar de Juvisy, que evoquei no início deste prefácio, deramnos um dia para comentar a frase de V'tgny: Uma vida plena é um sonho de adolescente realizado na idade madura. Então eu sonhava aprofundar e honrar a filosofia de meu pai, que era uma filosofia do progresso. É, após bastantes fugas, oposições e desvios, o que tento fazer. Que a minha luta conceda paz às suas cinzas! Às suas cinzas hoje dispersas, como ele desejava, pensando, como eu penso também, que a matéria talvez não seja mais do que uma das máscaras entre todas as máscaras usadas pelo Grande Rosto.

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